• Lola Mocha

Mode et écologie : un équilibre bancal



Dans mon armoire, je dois n’avoir qu’un vieux débardeur qui remonte à ma lointaine adolescence. Et encore, c’est un haut de pyjama. Le short assorti a dû se perdre durant un de mes multiples déménagements. Je l’ai trimballé jusqu’ici, car il me rappelle les merveilleuses vacances en Australie avec mes parents. D’un XS, il doit maintenant convenir aux femmes plus pulpeuses que moi.


Bref, ce constat m’a fait réaliser que l’intégralité de ma garde-robe datait de moins de cinq ans. Mes vêtements antérieurs (mais toujours en très bon état) ont fini sur Vinted ou dans un conteneur de recyclage, juste pour obtenir un peu plus de place pour les nouvelles collections. Comme je suis devenue écoresponsable, je me suis vite rendue compte que ce mode de consommation n’est absolument pas en accord avec mes nouvelles valeurs. A-t-on réellement besoin d’un nouveau manteau à chaque hiver ? La réponse est non.


Bienvenu.e.s dans la fast fashion


La fast fashion vend plus de cent milliards de vêtements par an dans le monde. Selon Oxfam, une confédération d’organisations caritatives, avant l’année 2000, il n’y avait que deux collections par an. Une hivernale, une estivale. Aujourd’hui, c’est au moins une nouvelle collection toutes les deux semaines, si ce n’est toutes les semaines comme le dénonce un documentaire sur Zara réalisé par Florence Kieffer. Le géant espagnol de la mode a compris que rendre les tendances plus éphémères créait une sorte ce besoin chez le consommateur de dépenser toujours plus et surtout plus souvent.


Ces achats compulsifs sont également influencés par les « hauls », une pratique très répandue sur les réseaux sociaux qui consiste à filmer ses dernières emplettes afin d’y glisser un petit code promo qui nous donne le sentiment de faire une excellente affaire qui n’en est pas vraiment une car la plupart de ces réductions s’appliquent sur des sites de drop shipping ou sur la plateforme chinoise la plus célèbre Shein. S’il n’y a pas de code VIP, les influenceurs reçoivent une commission grâce à un lien affilié.


Pourquoi la mode pollue ?


Bien qu’il y ait un impact social indéniable, cette surconsommation détruit de plus en plus notre planète. D’après un rapport du WWF, 1,7 milliard de tonnes de CO2 est rejeté par an pour satisfaire la demande des fidèles clients de la fast fashion. Selon les estimations de l’association, cette sollicitation croîtra de 62 millions de tonnes de vêtements à 102 millions d’ici 2030. Toutes ces recherches sont affligeantes et bien que certaines enseignes tendent à agir sur ce problème en changeant la composition des tissus, il serait plus judicieux de changer la chaîne d’approvisionnement et le business plan de toute l’entreprise. Ce n’est que mon humble avis. Car, pour un kilo de coton, il faut 10 000 litres d’eau selon l’Unesco soit la consommation d’eau potable qu’un Français a pendant 17 jours.


Les fibres synthétiques deviennent alors une très bonne solution. Mais, You Matter alerte, dans un article publié en février 2021, que 70% des matières synthétiques produites dans le monde sont issues du pétrole. Par exemple, afin de créer 40 millions de tonnes de polyester, il faudrait 70 millions de barils de pétrole. Or, son extraction émet trop de CO2. Et j’en passe sur les techniques de sablage des jeans, les teintures qui rejettent du plomb et du mercure dans les rivières, la pollution que provoque un avion qui transporte les marchandises ainsi que le gaspillage vestimentaire dont le chiffre s’élève à 4 millions de tonnes de vêtements par an, et ce, juste en Europe.


Quelles sont les solutions ?


Bien que la sphère politique semble se préoccuper d’autres problématiques, le parlement européen a tout de même adopté un nouveau plan d’économie circulaire en mars 2020. Il tend à renforcer le marché de la seconde main. En février 2021, d’autres mesures ont été ajoutées. Jusqu’à 2050, l’Union Européenne espère en finir avec les obsolescences programmées, qui concernent certes plus l’industrie technologique, et offrir aux clients le droit de faire réparer tout objet lui appartenant. Elle souhaite également que les marques doivent être transparentes sur leurs engagements environnementaux et « qu’elles doivent arrêter de se présenter plus écoresponsables qu’elles ne le sont ».


Le boycott de toutes ces enseignes du prêt-à-porter serait une des meilleures solutions même si ces dernières restent utiles pour s’acheter un jean en urgence. Je pense qu’on devrait chacun repenser son mode de consommation. Trier nos placards afin d’y retrouver des pépites oubliées ou alors dans le but d'éviter de racheter exactement le même pull. Et pourquoi pas, se diriger vers des friperies qui vendent aussi du luxe en (très) bon état à des prix avantageux. A-t-on réellement besoin d’un tailleur de chaque couleur ?


Sources :


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